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Mois : mars 2009

De la paranoïa vis-à-vis d’Internet

Posted in perspectives

Ce billet est un extrait de mon ouvrage Cloud Computing et SaaS, édité chez Dunod. Il évoque les craintes pas toujours rationnelles que l’on peut développer vis-à-vis d’Internet et des SaaS.

Dans le cadre de la conservation des documents papiers, il est fréquent de recourir à un archivage externe. Les documents contractuels, réglementaires, administratifs sont en effet souvent conservés dans des banques, chez des notaires, des experts comptables, etc. En revanche, nous sommes plus méfiants lorsqu’il s’agit de données numériques.
On peut citer de nombreux exemples de cette méfiance :

  • nous hésitons à communiquer nos données d’identité (âge, profession, etc.) sur Internet, alors que nous le faisons très facilement auprès d’une banque ou d’une assurance sur simple demande orale.
  • Les entreprises ne transmettent jamais d’informations numériques sur les salaires de leurs collaborateurs ; en revanche, elles recourent souvent à des prestataires externes pour imprimer et acheminer leurs feuilles de paye.
  • Nous hésitons à payer par carte bleue sur Internet, alors que nous le faisons facilement dans un restaurant, où le risque est parfois plus grand (cf. pratique de la copie de carte bleue en arrière-boutique chez les escrocs).
  • Pour prendre un dernier exemple un peu provocateur : nous avons une totale confiance dans le restaurant de notre entreprise, tandis que nous nous méfions du stockage de documents chez Google. Et pourtant, ces deux prestataires sont encadrés par une législation stricte. Dans le premier cas, nous risquons notre vie, dans le second, un peu d’indiscrétion…

Il y a une grande partie de « théorie du complot » et de « peur de l’inconnu » dans cette méfiance vis-à-vis de l’informatique. L’informatique est, pour beaucoup de gens, mystérieuse et effrayante. La presse informatique participe d’ailleurs à cette paranoïa en relatant sans cesse l’apparition de nouveaux virus. Pourtant bien peu d’entreprises ont souffert de virus ces cinq dernières années.

Le seul argument qui justifie la méfiance vis-à-vis de l’informatique est la possibilité d’analyse à grande échelle qu’elle permet et que ne permet pas la lecture de millions de documents papier.

Pour moi, la confiance que l’on accorde ou pas à ses partenaires ne doit pas conditionnée par leur mode de stockage : papier ou numérique pour les notaires, numérique pour les hébergeurs et les opérateurs SaaS. La confiance doit s’établir sur des garanties contractuelles.

Concepts des architectures "multi-tenant"

Posted in publications

J’ai déjà évoqué sur ces pages la sortie de mon ouvrage Cloud Computing et SaaS, édité chez Dunod. J’ai décidé d’en publier quelques extraits sur Tendances.it dans l’objectif avoué de vous pousser à acheter le livre… Ce billet présente le concept des architectures « multi-tenants ».

La terminologie « multi-tenant » vient d’une expression anglaise qui signifie multi-locataires. Elle s’appuie sur une métaphore, celle des bailleurs et des locataires que l’on peut illustrer de la façon suivante :

  • Dans le cadre de l’externalisation d’applications selon le modèle « outsourcing », chaque entreprise dispose d’un environnement complètement indépendant chez son hébergeur. L’application et les machines nécessaires à son exploitation sont purement et simplement déplacées chez l’hébergeur qui les exploite dans des armoires de serveurs indépendantes. On peut donc comparer cette approche à la création d’un lotissement immobilier où toutes les maisons sont autonomes.
  • Dans le cadre de l’utilisation d’une application web classique, les ressources sont totalement mutualisées entre les utilisateurs. L’application est unique, non adaptable aux entreprises utilisatrices. On peut donc comparer cette approche à la création d’un dortoir de pensionnat où tout est partagé entre les étudiants.
  • Dans le cadre d’une application SaaS, certaines ressources sont partagées entre les entreprises utilisatrices, comme la plate-forme matérielle, ou le système de persistance. Mais elles bénéficient d’un certain degré de customisation. Elles peuvent utiliser leurs logos, leurs noms de domaines, paramétrer finement les applications, publier leur propre code. On peut donc comparer cette approche à la création d’un immeuble de location où certaines ressources sont partagées (eau, électricité, accès à Internet, gardiennage, buanderie, piscine, etc.) et d’autres non (salle de bain et cuisine dans chaque appartement).

L’objectif des architectures multi-tenant est donc de trouver le juste milieu entre mutualisation et possibilité de customisation. La mutualisation est intéressante car elle permet une rationalisation en termes de :

  • Automatisation de l’exploitation des applications (surveillance et monitoring).
  • Automatisation des mises à jour applicatives (montées de version).
  • Réduction des coûts liée à des infrastructures mises en commun (la facture d’électricité d’une famille de cinq personnes est généralement inférieure à la somme des factures de cinq célibataires).

A contrario, la customisation permet de satisfaire les besoins spécifiques de chaque entreprise, lorsqu’ils ne sont pas totalement génériques.
Ainsi les opérateurs de plates-formes de cloud computing cherchent tous le meilleur compromis entre rationalisation et possibilité de customisation. Chacun a sa propre stratégie, et son propre modèle pour atteindre cette cible.

Internet va t’il mettre tout le monde au chômage? (1)

Posted in perspectives

L’annonce de l’augmentation du chômage en France en janvier est pour moi l’occasion de revenir sur l’impact d’Internet sur l’emploi. J’avais déjà abordé le sujet dans ce billet : Dématérialisation & gratuité des contenus.

Il est clair pour tout le monde que les secteurs de l’édition musicale et de la production de films ont été marqués par Internet ; la presse est aujourd’hui en pleine tourmente (voir cet article du Monde sur le New York Time) ; et l’édition de livres risque de souffrir prochainement de l’arrivée des e-books, comme le e-reader de Sony ou le Kindle d’Amazon.

Quelques secteurs menacés par la dématérialisation

Je pense que de nombreux autres secteurs seront affectés par la dématérialisation et l’accès à l’information par Internet.

  • La banque de proximité a de moins en moins de sens : les utilisateurs gèrent eux mêmes leurs comptes sur Internet, et les informations financières issues du Web sont souvent plus pertinentes que les conseils des banquiers. Personnellement, je suis en train d’ouvrir un compte auprès de MonaBanq, un établissement qui ne dispose pas d’agences de détail.
  • la distribution du courrier sera amenée à disparaitre dès que la signature électronique sera opérationnelle. Pour ma part, j’essaie de faire disparaitre le courrier de ma boite aux lettres en souscrivant au maximum à un suivi dématérialisé (télécom, électricité, gaz, etc.)
  • l’administration : elle tend vers la dématérialisation pour les impôts, les procédures diverses (changement d’adresse, extrait d’acte de naissance, etc.)
  • la distribution de matériels électroniques est menacée pour deux raisons : les comparateurs de prix sur Internet les rendent peu compétitifs. Et les conseillers en magasin sont complètement dépassés par la multiplication des appareils et ne savent généralement pas répondre à une question un peu pointue : le Web est une meilleure source d’information.

Cette liste est loin d’être exhaustive…

Le partage de proximité

Les problématiques environnementales, la baisse du pouvoir d’achat et la montée en puissance de l’Internet des objets vont probablement initier un autre mouvement : celui du partage des ressources entre voisins.
En effet, la connexion des objets à Internet permet facilement de mettre en contact des personnes qui souhaitent faire du covoiturage, emprunter la voiture de leur voisin pour transporter un meuble encombrant, emprunter la perceuse de leur voisin, etc.

Ces nouvelles pratiques vont mettre en difficulté le secteur automobile, celui de la location de voiture, celui du bricolage, etc.

L’émergence des amateurs éclairés

Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui à des amateurs de produire des photos, des films, de la musique de qualité quasi professionnelle. Et on assiste à l’émergence de pratiques de « crowdsourcing » : il s’agit de confier à de petites taches à un grand nombre d’amateurs via le Web.
Un de mes amis dirige eyeka.com, une startup qui met en contact des marques avec des amateurs. Cette startup permet par exemple à une marque d’organiser un concours pour un nouvelle publicité, et de la payer moins chez que chez un grand, comme Publicis.

La montée en puissance du recours à l’amateurisme mettra en péril un certain nombre de secteurs.
Cet amateurisme pourrait se développer encore plus avec la disponibilité annoncée d’imprimantes 3D. On peut imaginer un futur proche où des amateurs téléchargeraient des modèles sur Internet et fabriqueraient chez eux des objets simples comme des vases, des bibelots, etc.
On assisterait ainsi à un retour à l’artisanat, et à une diminution de la production de masse en usine.
Si les outils de découpe laser se démocratisaient, il serait aussi possible de récupérer un patronage sur le Web et de faire soi même ses vêtements. Issey Miyake a déjà tenté des expérimentations dans ce sens avec son projet A-POC.

En conclusion ?

Mon intention n’est pas de brosser un tableau funeste de notre avenir. Personnellement, je ne pense pas qu’Internet va mettre tout le monde au chômage, mais que les métiers vont changer. L’enjeu est donc d’être ouvert à des changements fréquents de métiers et d’employeurs au cours de sa vie professionnelle. Et le retour à des pratiques de voisinage et d’artisanat me parait plutôt positif.

Et vous, qu’en pensez vous ?