Les risques de l’ubimeda

Je fais suite à cette tribune (Espoirs et appréhensions autour des RFID) publiée en 2005 dans le journal du Net, pour aborder de manière plus large les risques liés à l’ubimedia.
J’ai déjà évoqué les bénéfices de l’ubimedia en terme de fluidification de la vie quotidienne (voir « qu’est ce que l’ubimedia?« ) : l’ubimedia permet en particulier de libérer notre mémoire d’informations « techniques » (adresses, rendez-vous, mode d’emploi), d’assister les personnes âgées, les malades, de surveiller les enfants, etc.

Cependant l’informatique omniprésente et « silencieuse » (c’est à dire indétectable pour l’utilisateur) soulève un certain nombre de risques :

  • Le risque d’ « amputation » : à trop se reposer sur la mémoire numérique, on devient dépendant et on perd certaines formes de gymnastique intellectuelle (recherche d’itinéraire, mémorisation des numéros de ses proches, etc.).
  • Le risque de collecte abusive de données d’apparence insignifiante : les systèmes ubiquistes enregistreront de petites quantités d’information pour nous rendre des services, mais la somme de ces informations peut amener au syndrome « big brother »
  • La priorité donnée aux objets : notre attrait pour les gadgets technologiques peut nous faire passer à côté des risques pour notre vie privée. Par exemple, nous utilisons tous des téléphones cellulaires, et nous avons bien vite oublié que les opérateurs télécom nous localisent en permanence.
  • La logique de mondialisation : la diffusion mondiale des nouvelles technologies leur permet parfois d’ignorer les législations locales destinées à protéger les citoyens (cf. le travail de la CNIL en France)
  • Le risque d’oubli : habitués aux technologies ubiquistes, nous risquons d’oublier leur risques. Un bon exemple de ce type d’oubli est le cookie des navigateurs. Ce dernier avait fait couler beaucoup d’encre à sa création en 1996, et il n’est plus remis en cause aujourd’hui, mais intégré à notre quotidien.

La CNIL travaille aujourd’hui sur ces problématiques.

En attendant ses conclusions, Adam Greenfield (auteur de l’excellent EveryWare) propose quelques pistes pour protéger les utilisateurs :

  • L’Ubimedia devra proposer une auto-présentation : une signalétique devra indiquer que des technologies ubiquistes sont actives dans la zone où nous nous trouvons.
  • On devra avoir le droit de refuser l’ubimedia : il faudra pouvoir « éteindre » l’informatique ubiquiste pour les utilisateurs qui le souhaitent. On pense ici aux personnes qui refusent le Pass Navigo de la RATP à Paris.
  • L’Ubimedia ne doit pas entrainer de danger pour l’utilisateur : il doit proposer un mode dégradé sécurisé. On pense évidemment ici à la voiture qui conduit toute seule et qui tombe en panne.
  • L’Ubimedia ne doit pas faire perdre la face : nous avons tous de petites secrets, l’idée ici est que l’informatique ubiquiste ne les révèle pas à tous.
  • L’Ubimedia ne doit pas faire perdre de temps : c’est une évidence, ces technologies doivent nous fluidifier la vie, pas la compliquer.

Qu’en pensez-vous?

Guillaume Plouin

Directeur informatique chez Deveko. Auteur chez Dunod. Conférencier autour du Cloud et des Géants du Web.

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